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Interview / Neil Ross

 

Voici la traduction d'une interview de Neil Ross, la voix américaine du Colonel Volgin dans Metal Gear Solid 3, par Brian Barnes-Spencer

 

Neil Ross, le doubleur du Colonel Volgin

Metal Gear Solid : The Unofficial Site a eu l'opportunité de parler au légendaire comédien de doublage, et voix du Colonel Volgin dans Metal Gear Solid 3. Excepté le fait d'avoir incarné le principal méchant de Snake Eater, Neil a fait certaines "voix additionnelles" (voix de personnages mineurs) pour d'autres jeux de la saga Metal Gear, telle la voix d'un Navy SEAL dans Sons of Liberty.

Etant l'une des personnalités les plus demandées dans l'industrie du doublage, Neil a une des plus impressionnantes voxographies que vous verrez. Parmi ses travaux les plus récents dans le domaine de l'animation : Call of Duty, Crimson Skies, Doom III, Onimusha 3, Ninja Gaiden, Bob l'Eponge : Le Film, Medal of Honor : Batailles du Pacifique, et Return to Castle Wolfenstein, entre autres.

Vu le peu de temps que Neil a passé sur l'enregistrement de Snake Eater, il n'a pas pu beaucoup se rappeler de l'expérience en studio. Neil nous a néanmoins offert une vision très intéressante de sa carrière, et rappelle quelques expériences très intéressantes pour nos lecteurs - cela varie de la façon dont il est entré dans le métier , à la manière dont il a obtenu certains de ses rôles et boulots.

MGS:TUS : Tout d'abord Neil, pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas, prenez une minute ou deux pour vous présenter.

Neil Ross : Je suis né à Londres, en Angleterre à la toute fin de la Seconde Guerre mondiale. Ma mère était une actrice qui, à une époque, a fait partie de la légendaire Old Vic Company. Mon père était Canadien et a été vendeur la plupart de sa vie. Nous avons émigré au Canada quand j'avais deux ans et j'ai passé ma jeunesse à Montréal. Mes parents ne voulaient pas d'une TV à la maison et on ne permettait pas aux gosses d'aller voir la plupart des films à Montréal en ce temps-là, donc je me contentais d'écouter la radio. J'ai passé de nombreuses heures à écouter des émissions comiques, de variété, dramatiques et des talk shows du Canada, d'Angleterre et des U.S.A. Les voix et les accents m'ont fasciné et Peter Sellers jeune m'a grandement influencé ; je l'écoutais dans une série comique britannique appelée The Goon Show. Ensuite j'ai découvert un autre grand acteur et spécialiste des dialectes appelé Peter Ustinov. J'ai commencé à imiter ce qu'ils faisaient et à essayer de faire moi-même des voix et des accents. Quand j'avais 12 ans, nous avons déménagé en Californie. Entre-temps, le rock'n'roll était arrivé. C'était la première musique que j'ai vraiment aimée et j'ai commencé à écouter le top 40 à la radio pour en entendre plus. Progressivement, je me suis de plus en plus intéressé à ce qui passait entre les chansons ; la manière dont les DJ tissaient leur personnalité dans le flot de pubs, d'horloge parlante, de bulletins météo, de jingles etc. Au lycée, j'ai décidé que je ferai carrière à la radio. J'ai installé un simulacre de studio dans notre garage et j'ai commencé à m'entraîner.

Vous avez débuté à la radio sur des stations telles que KGMB, Honolulu, KCBQ San Diego, parmi d'autres. Comment était cette expérience par rapport au doublage que vous réalisez actuellement ?

Ce n'est pas une analogie parfaite, mais je vois cela de cette manière. La radio, c'est comme conduire un taxi. Le doublage, c'est comme conduire une limousine noire avec une méga-star sur le siège passager.
Ne vous méprenez pas, je me suis beaucoup amusé et j'ai connu de grands moments à la radio quand j'étais jeune. Imaginez que vous avez 19 ans et que vous montez à bord d'un jet pour traverser l'océan Pacifique afin d'aller travailler pour une radio d'Honolulu à une époque où Hawaï était encore une destination relativement exotique. Imaginez que, quelques années plus tard, vous vous trouvez en coulisses avec Jim Morrison et les Doors alors qu'il s'agit de leur unique visite dans les Iles. Je pourrais encore continuer longtemps à raconter mes bons moments. Mais finalement, certains défauts d'une carrière d'animateur radio ainsi que mon intérêt grandissant pour le doublage m'ont éloigné du métier.

Est-ce votre métier d'animateur radio qui vous a finalement mené au doublage ?

Plus ou moins. Quand je suis entré à la radio, j'ai découvert qu'il avait beaucoup de travail de production dans ce métier ; créer les pubs, les promos et les autres choses pré-enregistrées que vous entendez à l'antenne. La plupart des DJ avec lesquels j'ai travaillé méprisent cet aspect du métier. Ils vivent pour le travail en direct et déteste se rendre dans le studio de production. J'ai découvert néanmoins que j'aimais ce travail de production. A l'antenne, vous n'avez droit qu'à un seul essai, mais dans le studio de production, vous pouvez prendre votre temps pour réaliser quelque chose qui soit à la hauteur de vos capacités. J'aimais choisir de la musique d'ambiance et façonner ma voix pour qu'elle soit en harmonie avec. J'ai eu la chance de faire certaines voix et accents. Je suis devenu un genre de magicien de la production. Mais, malheureusement, à cette époque, la direction de la radio n'appréciait pas beaucoup les gens de la prod'. J'étais de moins en moins passionné par la radio quand j'ai entendu parler du doublage. J'ai toujours supposé que les gens qui faisaient ce métier travaillaient également la nuit à l'écran. Ca ne m'est jamais venu à l'esprit qu'on pouvait vivre uniquement du doublage. Mais quand j'ai découvert que oui, j'ai dit "J'achète !".

Quels sont vos comédiens favoris, ou, qui préférez-vous en général parmi les gens avec lesquels vous avez eu l'opportunité de travailler ?

Les gens que je préfère sont ceux qui, grâce à leur personnalité et à leurs contributions, rendent le métier gratifiant et divertissant. J'ai véritablement ressenti des frissons en rencontrant et en travaillant pour Steven Spielberg, Warren Beatty, Robert Redford et Sydney Pollack. D'autres gars marrants qui me viennent à l'esprit sont Frank Welker, Rob Paulson, Jim Cummings, Greg Burger, Jonathan Harris - le Dr Smith de la série télé Perdus dans l'espace - (Bon Dieu, qu'est-ce qu'il a pu me faire rire !), Charlie Adler, Mark Hamill, Ginny McSwain, Tress MacNeille, Gordon Hunt... La liste pourrait encore continuer. Je m'excuse mille fois auprès de ceux que je n'ai pas mentionnés.

Vous aviez un rôle de voix-off dans le populaire Retour Vers Le Futur II ; comment était-ce de travailler dans un film à gros budget tel que celui-ci ?

Généralement, ce genre de travail se fait dans un studio de doublage. Ca ressemble à un multiplex de cinéma classique, hormis l'absence de sièges. A l'arrière, derrière les vitres se trouve les techniciens et tout un tas de matériel. Ils placent un micro et projettent le morceau du film sur lequel vous travaillez à l'écran. Vous portez un casque qui émet 3 bips. Les bips sont synchronisés sur le film de telle sorte que si vous commencez à parler à partir du 4ème bip imaginaire, vous serez au bon endroit. Si vous essayez de remplacer un dialogue et que vous devez correspondre aux mouvements des lèvres de l'acteur, cela peut être assez roublard. Dans Retour Vers Le Futur, j'étais la voix-off du Musée de Biff Tannen. Tout ce que je devais faire, c'était entrer et sortir et leur faire la lecture au moment voulu. Généralement, vous avez déjà auditionné pour le rôle, donc, après quelques retouches, vous ne faites que répéter ce que vous avez fait à l'audition. Si je me souviens bien, j'ai fait 2,3 prises et c'était tout.

Beaucoup de gens ne savent pas que vous avez été en outre la voix de la cérémonie des Oscars et des Emmy Awards. Comment avez-vous obtenu ces emplois particuliers ?

Ils cherchaient une voix pour les Oscars 2003 et quelqu'un a eu la gentillesse de me recommander. J'ai auditionné et j'ai eu le job. Ce qui est intéressant, c'est que lorsque le directeur a pris connaissance de mon passé dans la radio, il a pensé que cela m'avantageait. Beaucoup de gens qui proviennent du doublage n'ont jamais fait de direct et ils ont tendance à se figer sous la pression. Le directeur a pensé que mes nombreuses années de direct à la radio m'aideraient énormément - et il avait tout à fait raison. Il y a une énorme différence entre gamberger et réussir à la sixième prise et devoir réussir du premier coup, en direct, sans prises supplémentaires. Mon travail aux Oscars 2003 m'a offert l'opportunité de faire les Emmys 2004.

La narration semble être un autre de vos domaines de prédilection dans le doublage. Vous avez fait de la narration entre autres pour "A&E Biographies", et "E !". En quoi la narration diffère-t-elle, disons d'un doublage d'animation ou d'une pub ?

Les grosses différences consistent en deux points : c'est beaucoup plus long qu'une pub et contrairement à de l'animation, c'est entièrement vous. La narration s'apprête à devenir mon genre de doublage préféré. C'est conter, tout comme l'ancêtre qui contait à la tribu des histoires de ses ancêtres autour du feu de camp. Cela demande beaucoup de concentration et quand ça va, le temps s'arrête - ou n'existe plus. Les deux derniers Novas que j'ai fait ont duré une heure à l'antenne. Avec les nombreuses prises et les prises optionnelles, les sessions d'enregistrement ont duré 4 h. Quand je suis sorti de la cabine, j'ai regardé ma montre et je ne pouvais pas le croire. On aurait dit que je n'avais travaillé que pendant 30 ou 40 minutes. La lecture diffère d'une lecture commerciale d'une manière parfois subtile parfois moins subtile. En gros, vous ne vendez pas, vous racontez. J'ai grandi en idolâtrant le travail d'Alexander Scourby; légendaire narrateur de documentaires. Ca me donne des frissons de quelque part marcher sur ses pas.

Avez-vous des rôles favoris ou mémorables dans l'animation ?

Oui, Shipwreck dans G.I. Joe, Norman Osborne/Le Bouffon Vert dans Spiderman : L'Homme-Araignée, Honest John dans Fievel et le Nouveau Monde.

Y a-t-il d'autres projets que vous avez réalisés et qui se démarquent, selon vous, pour une raison ou l'autre ?

J'ai narré un documentaire appelé Sugihara - Conspiracy of Kindness. Il s'agit d'un diplomate japonais qui, encourant de grands risques, a sauvé la vie de milliers de Juifs polonais au début de la Seconde Guerre mondiale. Je crois que c'est la meilleure narration que j'ai jamais faite. L'histoire est tellement irrésistible. Malheureusement, on l'a très peu diffusé. Mais cela m'a bel et bien mené à mon travail sur Nova pour PBS. Je suis également très fier du travail que j'ai accompli sur le film de Robert Redford Quiz Show. J'étais la voix de l'annonceur du jeu 21 et aussi d'un certain nombre d'autres annonceurs dans le film. Malheureusement, je ne suis pas mentionné dans les crédits parce que je suis arrivé très tard lors du tournage.

Vous possédez un beau studio privé pour enregistrer directement chez vous, parlez-en nous un peu ; comment cette idée vous est-elle venue à l'esprit ? Préférez-vous enregistrer comme cela, dans l'atmosphère normale d'un studio ou encore avec d'autres comédiens ?

Au départ, j'ai construit ce studio pour envoyer des auditions à mon agent via Internet en MP3. Mon agent avait réduit ses heures de visite et les files d'attente devenaient progressivement insupportables. Quand j'ai appris que cette option existait - j'ai saisi l'occasion au vol. Ca m'a permis d'un peu moins conduire, ce qui est une plaie à L.A. De plus, j'ai pu désormais faire plusieurs prises et affiner une lecture, chose que j'avais l'habitude de faire à la radio. Chose que, je l'ai découverte, on ne peut pas faire si quelqu'un d'autre dirige l'audition. Depuis que j'ai commencé à faire le gros de mes auditions à partir de mon studio privé, mon "score moyen" a décollé. Je viens d'ajouter l'ISDN dans mon chapeau de magicien. Elle me permet d'envoyer des enregistrements audio qualité studio avec une ligne téléphonique classique dans n'importe quel studio mondial en temps réel, si bien sûr ils possèdent aussi l'ISDN. Donc maintenant je peux travailler et être rémunéré depuis ma maison. Très cool. Bien que je préfère tout de même travailler avec d'autres comédiens et voir les ingénieurs face à face.

Que conseilleriez-vous à quelqu'un qui veut percer dans le doublage ?

Acquérez autant d'expérience que vous pouvez dans n'importe quel type d'art dramatique. Vous serez attiré par le doublage tôt ou tard, croyez-moi. Les meilleurs comédiens de doublage que je connais sont ceux qui amènent avec eux un passé riche en expériences dans le métier. Les acteurs, bien sûr, les comiques, les annonceurs, les magiciens et les chanteurs, même les vieux loups de mer de la radio comme moi. Plus riche est votre passé, plus vous amènerez de couleurs et de nuances dans votre travail. Quand vous pensez que c'est le bon moment, venez à New York ou à L.A. et commencez à prendre des cours de doublage. Apprenez le métier, trouvez-vous un agent et amusez-vous !

Au nom de tous les lecteurs, je vous remercie Neil d'avoir pris le temps de faire cette interview, et bonne chance pour vos projets d'avenir ; y a-t-il finalement des commentaires que vous aimeriez ajouter pour vos fans ?

Merci d'avoir regardé. Merci d'avoir écouté. Merci d'avoir prêté attention. Je vous souhaite tout le meilleur !

 Crédits 
Interview réalisée le 22 janvier 2005 par Brian Barnes-Spencer.
Traduite en français par Spike.
Interview originale disponible sur Metal Gear Solid : The Unofficial Site.