
Soudain pris d'un doute, il se précipita et agile comme une panthère se hissa sur l'habitacle de la nacelle. Heureusement son sens aigu de la perception, de l'anticipation, de la méfiance et surtout de la survie l'avait alerté. Arrivé à l'étage, Snake vit 2 gardes qui s'engouffrèrent dans l'ascenseur, mais surtout, il entr'aperçut les 3 autres qui les fixèrent une fraction de seconde, incrédules, avant de héler leurs compagnons. Mais le SOCOM automatique modèle "spécial Titanium" avait déjà fait feu et les 2 militaires gisaient sur la grille métallique qui servait de sol au monte-charge. Du sang provenant de leur crâne perforé s'infiltrait et gouttait dans la cage d'ascenseur. Rapidement, Snake sauta dans la cabine, s'empara d'un cadavre, ainsi que de ses munitions qui s'avéraient correspondre au calibre de son M16-A2.
Les battants de la porte coulissantes s'ouvrirent et une foudre de balles de Kalaschlikov et de Beretta éclata, s'écrasant tantôt sur le corps désarticulé du bouclier humain de Snake qui s'agitait sous les impacts, tantôt contre les parois de l'habitacle. Les gardes cessèrent le feu, mais Solid ne leur laissa pas le temps de voir qu'ils avaient été victime d'un leurre et plongeant à découvert du cadavre ensanglanté et déchiqueté qui s'écroula, tira une longue rafale destructrice de son fusil d'assaut. Les 3 contrevenants s'effondrèrent, chacun une main sur leur gorge sectionnée et mutilée, une autre sur leur arme déchargée. La collecte fut rapide et se limita à 2 chargeurs compatibles avec son SOCOM, et une boite de cartouche pour son PSG-1. Le premier étage en question se limitait à un long couloir, cerné de porte en acier inoxydable. Au nombre peu important de soldats qui surveillaient le secteur, il ne devait pas y avoir quelque document compromettant dans cette zone. Il garnit les endroits stratégiques, comme son artificier le lui avait appris, de C-4, régla le détonateur sur une certaine longueur d'ondes et s'éloigna. Il devait accéder au 2nd étage.
Il réemprunta le monte-charge criblé de balle et fit une découverte : dans l'un des coins de la cabine, juste à coté de l'extincteur, était accroché un fusil à pompe C-90 " super shotgun ". Plus lourd que son barda, il se dit tout de même que sa puissance de feu monstrueuse lui serait peut-être utile, ainsi que la zone de déploiement de la chevrotine qui s'avérait excellente sur ce modèle. Cette fois-ci, il se percha directement sur le toit, de peur d'une surprise identique. Mais là, rien. Certes, 8 gardes armés jusqu'aux dents soutenus par 3 dobermans veillaient au grain. Examinant rapidement la situation, son esprit d'analyse étant hyperdéveloppé, il distingua les contours d'une bouche d'aération plus haut. Snake agrippa l'extincteur et à l'aide de la bonbonne, bloqua le mécanisme de descente, ainsi que la porte coulissante qu'il avait entrouverte. Pour la 2nde fois ce soir-là, il se servit de sa corde et atteignit sa cible au bout de 3 essais. Il avait pris soin d'envelopper le grappin avec un lambeau de sa combinaison, ne laissant dépasser que les crochets. Ce ne fut qu'un bruit sourd et étouffé qui lui parvint. Il apprécia la solidité et la fiabilité du point d'ancrage, et monta.
A plat ventre, il progressa jusqu'à l'arrivée dans le couloir du boyau. Une grille mal scellée bouchait la sortie, mais le dissimulait aux vues des ennemis. Il plaça une grenade dans la tubulure prévue sur son M16-A2, et son PSG-1 dans l'autre main, aligna le premier garde. Le canon dépassait de quelques centimètres dans le corridor lorsqu'il fit feu, à deux reprises. Deux hommes hurlant les atroces souffrances de l'agonie, se tordirent sur le sol, puis peu à peu leurs mouvements cessèrent. Le reste de la troupe courut vers la cage d'ascenseur sous le regard amusé du commando. Ils ouvrirent la porte, constatèrent l'absence de tireur embusqué, mais ils finirent par remarquer le grappin, abandonné par mégarde. Simultanément, ils tournèrent la tête, juste pour voir arriver les 2 cylindres fumants qui culbutèrent à leur pied (Snake les avait réglé sur " explosion différée "), et les portes se refermer sur leur triste sort. La déflagration fut épouvantable : la lourde porte d'acier vacilla sur ses attaches, et se bomba vers l'extérieur dans un bruissement grinçant de métal froissé… Snake entendit l'écho de la cabine de l'ascenseur qui s'écrasa dans un énorme vacarme assourdissant dans le garage souterrain, isolé et vide. L'agent se laissa tomber puis se rattrapa sur le sol en s'époussetant. Il s'approcha de l'unique porte et… fut accueilli par une volée de projectiles de petit calibre, genre Walker PPK qui perforèrent la porte de bois verni. Mentalement, Snake compta… 5… Blam ! …et 6 ! Il enfonça la porte et pénétra dans le bureau du patron ventripotent. Person… Deux mains se levèrent, provenant de derrière le bureau où s'était réfugié le directeur. L'agent s'y rua et regarda sa future victime. D'une cinquantaine d'années, à la limite de l'obésité, suant à grosse gouttes, il n'avait décidément rien d'un homme immonde, allant à l'encontre des limites de douleur humaines. Il avait en revanche tout d'un gamin terrorisé… Pas de place pour l'appréhension dans ce métier. Solid saisit le C-90 shotgun et le colla sur le front du monstre, après avoir fait jouer la culasse et après que la première cartouche se soit engouffrée dans la chambre de propulsion.
-Le code !… aboya t-il.
-Quel co… répliqua son antagoniste en tremblant.
-Ne vous foutez pas de moi, voyez dans quel état est le dernier qui a osé ?
Il exhiba la langue du droïde qu'il avait découvert au rez-de-chaussée. Les yeux mis-clos s'exorbitèrent devant ce spectacle et le représentant de CentralCorps vira au vert derrière ses lunettes.
-75-489-32.
-Merci.
-BLAMMMMMMM ! BLAMMMMMM ! Les 2 cartouches de chevrotines se frayèrent un passage dans le cerveau et dans les entrailles de l'ennemi. Elles y parvinrent assez facilement puisqu'elle réduisirent également un pan de bureau en poussière et autres éclats de bois. Le tas de chairs déchiré et mutilé qui gisait devant lui n'avait rien à voir avec l'homme de tout à l'heure. La tête avait disparu. L'abdomen aussi. Deux pains d'explosifs furent également appliqués et réglés sur la même fréquence que les derniers. Les escaliers de secours desservant les autres étages jusqu'au sol, derrière l'enceinte de béton du complexe, servit sa fuite. Il courut de nouveau dans les dunes. Le coffre du gérant s'était trouvé bien garni de photos, de microfilms et de plans et d'esquisses de droïdes mi-humains, mi-robots, de greffes horribles, de ratés, de découverte et le journal du scientifique général à la base des recherches, le Pr. Stevens. Il pressa le bouton de mise à feu. Le laboratoire et toutes les installations annexes furent annihilés, rasés dans une immense gerbe de feu, de pétrole enflammé, de débris qui criblèrent le sable autour de Solid Snake. Il tira une fusée de détresse. Le BlackHawk se découpa lentement dans la pénombre, hélitreuilla le commando et s'enfonça de nouveau dans la nuit. Tout était fini.